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Tourisme : Terrain glissant
Turismo: Glitiga tereno

Hadès poursuit sa tournée en Amérique du Sud : le tourisme, devenu un des piliers de l'économie sud-américaine, n'a pas que des retombées positives. À commencer par les conséquences environnementales de l'afflux humain dans des zones fragiles. Reportage sur le site du Machu Picchu, Patrimoine mondial de l'humanité en péril.

"Machu Picchu, Machu Picchu, son las cinco, es la hora !" Cinq heures du matin dans les couloirs de l'une des dizaines d'hospedaje (hôtel bon marché) d'Aguas Calientes, et pas question de traîner. Pour ceux qui ont choisi de passer la nuit dans la petite bourgade en contrebas de la légendaire cité inca, il s'agit d'arriver parmi les premiers sur le site. Pour voir, une fois dans sa vie, le soleil se lever sur les ruines vieilles de cinq siècles. Mais surtout pour éviter la procession de touristes que déverseront, un peu plus tard dans la matinée, les premiers trains arrivés de Cuzco, à quatre heures de là. Alors qu'il y a à peine trente ans seuls quelques taxis se risquaient sur la piste tortueuse qui mène au site, c'est maintenant un incessant ballet de minibus qui déverse chaque jour de 2000 à 3000 visiteurs sur l'antique citadelle.

Oublié le gardien débonnaire qui actionnait une barrière en bambou : passé la billetterie automatisée, les groupes sont pris en charge par une trentaine de guides. Et se croisent dans les escaliers en pierre ou sur l'ancien sanctuaire, chaussures de randonnée aux pieds et appareil photo en bandoulière. Pour eux, quelques heures durant, le temps sera comme suspendu. Sauf qu'aujourd'hui, pour que le site survive, il y a urgence. Ses 800 000 visiteurs annuels ne menacent pas seulement la citadelle, qui pourrait être emportée par un glissement de terrain, puisqu'à force d'êtres foulées les pierres se descellent. C'est toute la vallée de l'Urubamba qui en subit les conséquences. En avril 2004, deux coulées de boue avaient causé la mort de neuf habitants à Aguas Calientes. En cause ? Les constructions anarchiques d'hôtels, de restaurants et de boutiques de souvenirs.

Hades daŭrigas sian rondiron en Sud-Ameriko: la turismo, iĝinta unu el la ĉefaj kolonoj de la sud-amerika ekonomio, ne nur havas pozitivajn refalaĵojn. Oni komencu per la mediaj konsekvencoj de la homa alfluo en fragilajn areojn. Raportaĵo sur la situo de la Machu Picchu, endanĝerigita monda heredaĵo de la homaro.

"Machu Picchu, Machu Picchu, son las cinco, es la hora!" Je la kvina matene, en la koridoroj de unu el la dekoj de hospedaje (ĉipa hotelo) de Aguas Calientes, oni ne limaku. Por tiuj, kiuj elektis tranokti en la eta vilaĝo piede de la mita inkaa urbo, oni alvenu sur la lokon inter la unuaj. Por vidi, unufoje en sia vivo, la sunon leviĝantan super la 5 jarcentojn malnovaj ruinoj. Sed precipe por eviti la procesion de turistoj, kiujn, iom pli malfrue en la mateno, elverŝos la unuaj vagonaroj alvenintaj el Cuzco, je kvar horoj for de tie. Dum, antaŭ apenaŭ tridek jaroj, nur kelkaj taksioj riskis sin sur la kurbriĉa vojo kondukanta al la situo, jen nun senĉesa baledo de aŭtobusetoj, kiu ĉiutage elverŝas de 2000 ĝis 3000 vizitantojn sur la antikvan citadelon.

Forgesita la tolerema gardisto levanta bambuan barilon: post la aŭtomata bilet-disdonilo, la grupoj estas kondukataj de trideko da gvidistoj, kaj interkruciĝantaj sur la ŝtonaj ŝtuparoj aŭ sur la malnova sanktejo, kun ekskursaj ŝuoj ĉe la piedoj kaj fotilo baltee. Por ili, dum kelkaj horoj, la tempo estos kvazaŭ haltigita. Sed hodiaŭ, por ke la situo postvivu, oni urĝe agu! Ties po 800 000 vizitantoj jare ne nur minacas la citadelon, kiun forporteblus terŝoviĝo, ĉar post tiom da tretado, la ŝtonoj malfiksiĝas. De tio la tuta Urubamba valo suferas. En Aprilo 2004, du kotfluoj kaŭzis morton de naŭ loĝantoj en Aguas Calientes. Pro kio? La neregataj konstruadoj de hoteloj, restoracioj kaj memoraĵbutikoj.

La petite commune de Machu Picchu ne profite guère de sa renommée mondiale. Elle ne peut que regarder les touristes passer dans leurs minibus, qui menacent chaque jour un peu plus la vallée de l'Urubamba. Directement menacée en cas de glissements de terrains sur le site de l'ancienne cité – ils sont décrits comme "imminents" par les scientifiques du monde entier –, elle attend du gouvernement bien davantage que les 8000 dollars reçus chaque mois.

Soutenabilité. Pour symbolique qu'il soit, le cas du Machu Picchu n'est pas isolé. À plusieurs centaines de kilomètres de là, en Bolivie, le salar d'Uyuni – un désert de sel de près de 12 000 km2 – subit lui aussi les assauts des touristes. Ou plutôt des roues des 4x4 , dans lesquels ces touristes parcourent, à 4000 mètres d'altitude, ce saisissant désert blanc. Sauf que, à la différence des autorités péruviennes, le gouvernement bolivien a décidé d'encadrer strictement cette pratique. Avec, pour maître mot, la soutenabilité, c'est-à-dire la nécessité de satisfaire les besoins des touristes actuels, sans compromettre le droit des générations futures de satisfaire les leurs. Concrètement, seule une grosse dizaine de véhicules est autorisée à sillonner l'étendue immaculée.

Eltenebleco. Kiel simbola ĝi estu, la situacio de la Machu Picchu ne estas izola. Plurajn centojn da kilometroj for de tie, en Bolivio, la salar d'Uyuni, sala dezerto preskaŭ 12 000 km2 vasta, ankaŭ suferas de la ŝturmoj de la turistoj. Aŭ precipe de la radoj de la ĉiaterenaj veturiloj, en kiuj la turistoj traveturas, je alteco de 4000 metroj, tiun emociegan blankan dezerton. Sed, male ol la peruaj instancoj, la bolivia registaro decidis strikte estri tiun okupon. Kun, kiel ĉefa vorto, eltenebleco, tio estas la neceso plenumi la bezonojn de la nunaj turistoj sen endanĝerigi la rajton de la venontaj generacioj plenumi la siajn. Konkrete, nur dika deko da veturiloj rajtas krozi la senmakulan ebenaĵon.

Le désert de sel du salar d'Uyuni est un des rares sites protégés par des mesures environnementales (Crédits photographiques : Antoine Bayet)

Péril. Sur le parking des minibus, à l'entrée du Machu Picchu, Sonia attend de pied ferme les visiteurs. Étudiante à Lima, elle est, pour quelques mois, guide touristique. Elle, ce qui la dérange dans cette invasion, c'est que "les touristes veulent absolument voir le Machu Picchu… mais ne sont prêts à aucun effort pour ça !" : "Venir à l'autre bout du monde en comptant y trouver le même confort que chez soi, moi, je comprends pas !"

À quelques pas à peine, les plus fortunés d'entre eux sortent de l'hôtel construit sur le site même du Machu Picchu, qui offre ses chambres pour un minimum de 300 dollars la nuit. Un regard plus tard, Sonia poursuit: "Il faut que l'Unesco envoie un signal fort. C'est seulement s'il a peur de sanctions que le gouvernement agira." Difficile de lui donner tort : à chaque menace de l'agence de l'ONU d'inscrire le site sur la liste des 3 sites en péril du Patrimoine mondial de l'humanité, le Pérou a franchi une étape supplémentaire dans la mise en œuvre d'un "plan de sauvegarde".

Risko. Sur la porbuseta parkejo, ĉe la enirejo de la Machu Picchu, Sonia decidoplene atendas la vizitantojn. Studentino en Lima, ŝi estas, dum kelkaj monatoj, turista gvidistino. Tio, kio ĝenas ŝin en tiu invado, estas, ke "la turistoj nepre volas vidi la Machu Picchu… sed pretas je neniu peno tiucele!": "Veni al la alia fino de la mondo esperante trovi tie la saman komforton kiel hejme, ne komprenas mi!"

Apenaŭ kelkajn paŝojn for, la plej riĉaj el ili eliras el la hotelo konstruita sur la situo mem de la Machu Picchu, kiu proponas siajn ĉambrojn por minimume 300 dolarojn nokte. Unu rigardon pli malfrue, Sonia daŭrigas: "Unesko devas sendi fortan signalon. Nur se ĝi timas sankciojn, agos la registaro." Malfacilas malpravigi ŝin: je ĉiu minaco de la UN-agentejo enskribi la situon sur la liston de la 35 endanĝerigitaj situoj de la tutmonda homara heredaĵo, Peruo transiris novan ŝtupon en la starigo de "savplano".

La décision de l'Unesco de placer le Machu Picchu sur la liste des biens du Patrimoine mondial de l'humanité en péril n'est encore qu'une menace. L'Unesco considère que "l'état du site ne s'est pas amélioré significativement" depuis plusieurs années et voudrait que l'accès au site soit limité à 800 touristes chaque jour.

Double tranchant. Derrière des montagnes de documents présentant des projets venus du monde entier, Fernando Astete, l'un des directeurs du site, peine à admettre la réalité. Tout au plus concède-t-il : "Si une étude démontre qu'il y a un risque à recevoir les 2500 visiteurs quotidiens, alors nous ferons des ajustements." Manifestement, Sonia est plus renseignée que son supérieur : "L'Unesco recommande qu'il y ait au maximum 800 visiteurs par jour. Qu'est-ce qu'ils attendent pour prendre des sanctions ?" Mais cette cause peine à se faire entendre face aux 40 millions de dollars que rapporte chaque année le Machu Picchu à l'économie péruvienne. Manne pourtant menacée à court terme : combien d'années à vivre encore pour cette cité plusieurs fois centenaire ?

Antoine Bayet

Duobla efiko. Malantaŭ la montoj de dokumentoj kiuj prezentas projektojn el la tuta mondo, Fernando Astete, unu el la direktoroj de la situo, penas agnoski la realon. Li apenaŭ koncedas: "Se studo montras, ke estas riske ricevi la 2500 ĉiutagajn vizitantojn, tiam ni faros alĝustigojn." Montriĝas ke Sonia estas pli informita ol sia superulo: "Unesko rekomendas, ke estu maksimume po 800 vizitantoj tage. Kion ili atendas por sankcii?" Sed tiu kaŭzo penas esti aŭskultata flanke de la 40 milionoj da dolaroj, kiujn ĉiujare enspezigas la Machu Picchu al la Perua ekonomio. Manao tamen minacita por mallonge: kiom da jaroj de plua postvivado por tio plurfoje centjara urbo?

Antoine Bayet
Tradukis Emmanuel Villalta

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